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	<title>Faire Vivre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!</title>
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	<description>Ce site est un outil de travail et de diffusion pour contribuer &#224; l'organisation et au renforcement du Parti Communiste Fran&#231;ais. Il est anim&#233; par le r&#233;seau &#171;&#160;Faire Vivre et Renforcer le PCF&#160;&#187;</description>
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		<title>Faire Vivre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!</title>
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		<title>&#171;&#160;L'id&#233;e internationaliste &#233;tait primordiale dans notre engagement&#160;&#187;</title>
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		<dc:date>2012-03-17T21:53:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Henri Alleg</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cet interview de notre camarade Henri Alleg est extrait d'un num&#233;ro hors-s&#233;rie de l'Humanit&#233; d&#233;di&#233; au cinquanti&#232;me anniversaire de la fin de la guerre d'Alg&#233;rie. C'est le journaliste Rosa Moussaoui qui a r&#233;alis&#233; l'entretien. &lt;br class='autobr' /&gt; Un demi-si&#232;cle apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, pour laquelle vous avez combattu, que repr&#233;sente, pour vous, ce pays&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &lt;br class='autobr' /&gt;
Henri Alleg. Cela va sans dire&#160;: je suis tr&#232;s heureux que l'Alg&#233;rie soit ind&#233;pendante (rires). Je suis heureux et fier d'avoir pris part au&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.test.lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH142/arton1082-8bb67.jpg?1728728846' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='142' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cet interview de notre camarade Henri Alleg est extrait d'un num&#233;ro hors-s&#233;rie de l'Humanit&#233; d&#233;di&#233; au cinquanti&#232;me anniversaire de la fin de la guerre d'Alg&#233;rie. C'est le journaliste Rosa Moussaoui qui a r&#233;alis&#233; l'entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un demi-si&#232;cle apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, pour laquelle vous avez combattu, que repr&#233;sente, pour vous, ce pays&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Cela va sans dire&#160;: je suis tr&#232;s heureux que l'Alg&#233;rie soit ind&#233;pendante (rires). Je suis heureux et fier d'avoir pris part au combat pour l'ind&#233;pendance. Bien s&#251;r, j'aurais souhait&#233; que les aspects sociaux pour lesquels nous avons combattu prennent plus d'importance. Je regrette que les batailles que nous avons men&#233;es pour l'avenir, pour le socialisme, n'aient pas pris plus de place. Mais je suis heureux que l'Alg&#233;rie soit aujourd'hui ce qu'elle est, avec toutes les possibilit&#233;s qui s'offrent &#224; ce pays. Quand je pense au pass&#233;, je crois que notre combat a marqu&#233; la lutte du peuple alg&#233;rien. C'est en ce sens que l'Alg&#233;rie reste pour mois une r&#233;f&#233;rence du combat des communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lorsque vous avez &#233;crit &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, pensiez-vous que votre t&#233;moignage sur la torture puisse avoir un tel impact&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Ce n'&#233;tait pas seulement un livre que j'&#233;crivais. Il fallait faire conna&#238;tre ce qu'&#233;tait la guerre en Alg&#233;rie. Il fallait t&#233;moigner des pratiques des colonialistes fran&#231;ais, du sort atroce r&#233;serv&#233; au peuple alg&#233;rien, de la r&#233;alit&#233; de cette guerre coloniale. Je dois dire que j'ai &#233;t&#233; surpris de l'&#233;cho rencontr&#233; par ce texte, lorsqu'il est devenu un livre. Un demi-si&#232;cle plus tard, ce t&#233;moignage reste utile. Lorsque je suis invit&#233; pour des conf&#233;rences aux &#201;tats-Unis, au Royaume-Uni, je peux mesurer sa r&#233;sonance. Les atrocit&#233;s commises par l'arm&#233;e fran&#231;aise pendant la guerre d'Alg&#233;rie ne diff&#232;rent pas des atrocit&#233;s commises par l'arm&#233;e am&#233;ricaine en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Le combat continue. R&#233;trospectivement, je suis heureux d'avoir &#233;crit ce livre, parce qu'il conserve un sens dans le monde d'aujourd'hui, m&#234;me si le contexte a chang&#233;. La Question a par exemple circul&#233; parmi les d&#233;tenus dans des prisons turques o&#249; &#233;tait pratiqu&#233;e la torture.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous avions peur qu'ils nous passent &#224; tabac&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui a trouv&#233; ce titre percutant, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; On doit ce titre magnifique, excellent, &#224; J&#233;r&#244;me Lindon, qui dirigeait les &#201;ditions de Minuit. En fran&#231;ais, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; rev&#234;t une signification qu'il n'a pas, &#224; ma connaissance, dans d'autres langues. Depuis le moyen-&#226;ge, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mettre quelqu'un &#224; la question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est le torturer. Dans les prisons m&#234;mes, cette expression faisait sens. La parution du livre, en 1958, a d&#233;clench&#233; la fureur des autorit&#233;s fran&#231;aises. D'o&#249; la d&#233;cision de le saisir. &#192; cette m&#234;me p&#233;riode, des policiers et des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt; ont d&#233;barqu&#233; brusquement, au milieu de la nuit, &#224; la prison de Barberousse. Ils ont commenc&#233; par une mise en demeure&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Tous &#224; poil&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il y avait dans la prison les salles, accueillant en g&#233;n&#233;ral une centaine de d&#233;tenus, et des cellules individuelles pr&#233;vues pour une personne, mais o&#249; s'entassaient plusieurs d&#233;tenus. Moi j'&#233;tais avec deux copains. Les policiers ont d'abord fait sortir les d&#233;tenus incarc&#233;r&#233;s dans les salles. Les types sont sortis nus dans la cour, avec une couverture sur le dos. Quant aux autres d&#233;tenus, ils les ont align&#233;s sur l'all&#233;e qui bordait les cellules, les mains en l'air, appuy&#233;s contre les murs. Moi aussi, j'&#233;tais comme &#231;a, les mains en l'air. Pendant ce temps, des &#233;quipes sp&#233;ciales de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CRS&lt;/span&gt;, en uniformes noirs, mitraillettes en bandouli&#232;re, vidaient les cellules. Ils &#233;taient &#224; la recherche de papiers. Chacun d'entre nous avait des lettres, adress&#233;es aux familles ou aux avocats. Ils ont tout embarqu&#233;. Nous avions peur qu'ils nous passent &#224; tabac. Derri&#232;re moi, j'ai entendu un Alg&#233;rien, qui, &#224; mi-voix, s'interrogeait sur cette descente. Je lui ai dit qu'ils saisissaient les papiers. Il m'a r&#233;pondu, en riant discr&#232;tement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Peut-&#234;tre qu'ils cherchent une deuxi&#232;me Question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il ne savait pas qui j'&#233;tais. Cela m'a &#233;clair&#233;. Il avait du apprendre, par son avocat, que ce t&#233;moignage faisait un raffut du diable &#224; l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; la censure, les saisies, ce livre a circul&#233; sous le manteau. Cette diffusion &#233;tait-elle organis&#233;e par des militants, ou le livre est-il pass&#233; spontan&#233;ment de mains en mains&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; La seule chose que je sais, c'est qu'&#224; Alger, personne ne l'avait eu, personne ne le connaissait au moment de la parution. C'est en France que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a eu une r&#233;percussion imm&#233;diate et formidable. Cet &#233;lan doit sans doute beaucoup &#224; la stupidit&#233; du gouvernement fran&#231;ais et &#224; sa d&#233;cision de saisir le livre. Tr&#232;s vite, Nils Andersson, un &#233;diteur bas&#233; en Suisse, a pris contact avec Lindon pour lui demander l'autorisation de le publier. Lindon a accept&#233;. Le livre &#233;tait minuscule, des valises passaient clandestinement la fronti&#232;re. Imm&#233;diatement apr&#232;s sa saisie, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a &#233;t&#233; traduite en anglais et publi&#233;e &#224; Londres, puis aux &#201;tats-Unis, ce qui lui a donn&#233; un &#233;cho international.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La bataille pour la v&#233;rit&#233; continue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un demi-si&#232;cle apr&#232;s son enl&#232;vement par des militaires fran&#231;ais, on ne sait toujours pas dans quelles conditions a &#233;t&#233; assassin&#233; votre ami et camarade Maurice Audin&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Cette bataille pour la v&#233;rit&#233; continue. Maurice Audin a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; dans les m&#234;mes conditions que moi. Tr&#232;s peu de temps apr&#232;s son enl&#232;vement par les paras, on a annonc&#233; &#224; sa femme qu'il avait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;disparu&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il est invraisemblable que les autorit&#233;s fran&#231;aises, que les parachutistes aient pu pr&#233;tendre ne rien savoir du sort de Maurice. C'est certain&#160;: il a &#233;t&#233; assassin&#233; par ces &#233;quipes de tortionnaires couverts et tenus en main par les autorit&#233;s polici&#232;res et militaires. Dans cette affaire, le refus d'ouvrir une enqu&#234;te, l'attachement des autorit&#233;s fran&#231;aises au mensonge est &#224; la fois odieux et absurde. &#192; Alger, &#224; Oran, dans les petites villes, lorsque les militaires annon&#231;aient la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;disparition&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un prisonnier, personne n'ignorait qu'il &#233;tait en fait question d'assassinat. Dire et r&#233;p&#233;ter, jusqu'&#224; ce jour, que Maurice Audin a &#233;t&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mal gard&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qu'il s'est &#233;vad&#233; et qu'il a &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;disparu&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est abject. La v&#233;rit&#233;, c'est qu'il a &#233;t&#233; assassin&#233;, comme des centaines, des milliers d'autres. Personne ne peut dire autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.test.lepcf.fr/local/cache-vignettes/L112xH144/spipphpactionacc-afab0d7b-0424d.jpg?1750011959' width='112' height='144' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que changerait la reconnaissance de la torture comme crime de guerre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; La France, les autorit&#233;s fran&#231;aises pr&#233;tendent incarner, aux yeux du monde entier, les droits de l'homme, les libert&#233;s, les grandes id&#233;es n&#233;es de la R&#233;volution fran&#231;aise. C'est une fa&#231;on mensong&#232;re de pr&#233;senter l'histoire. Pendant la guerre d'Alg&#233;rie, les autorit&#233;s fran&#231;aises ont pi&#233;tin&#233; ces id&#233;es, ces principes. Comme ils sont encore pi&#233;tin&#233;s aujourd'hui &#224; Guantanamo et en Afghanistan. Le combat pour la v&#233;rit&#233;, qui est un combat d'aujourd'hui, doit se poursuivre sans rel&#226;che. On ne peut pas tout simplement parler de l'avenir sans respecter la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez souvent &#233;voqu&#233; le racisme inh&#233;rent &#224; la soci&#233;t&#233; coloniale. Cela vous a-t-il pouss&#233; &#224; embrasser la cause de l'ind&#233;pendance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Il est difficile de reconstituer ce parcours qui conduit, depuis l'enfance, l'adolescence jusqu'&#224; la prise de conscience politique. &#192; l'&#233;cole on nous apprenait que la France allait en Afrique ou en Asie, pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;le bien&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des colonis&#233;s. Quand on arrivait en Alg&#233;rie, on comprenait imm&#233;diatement avoir &#233;t&#233; tromp&#233; par ces fadaises. Dans les rues d'Alger, des gosses, des petits cireurs, se disputaient les chaussures de quelques passants pour gagner quelques mis&#233;rables sous. Pourquoi ces gosses n'&#233;taient-ils pas &#224; l'&#233;cole&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les petits Arabes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme ils disaient, n'avaient pas leur place &#224; l'&#233;cole. Seule une toute petite minorit&#233; y avait acc&#232;s. Cette r&#233;alit&#233;, les r&#233;flexions qu'elle suscitait en moi m'ont construit comme anticolonialiste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arrogance des autorit&#233;s fran&#231;aises&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous &#233;t&#233; surpris, &#224; l'automne 1954, par l'&#233;clatement de l'insurrection&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Ceux qui disent qu'ils n'ont pas &#233;t&#233; surpris se jettent des fleurs qu'ils ne m&#233;ritent probablement pas. &#192; ce moment l&#224;, Alg&#233;riens et Europ&#233;ens partageait la certitude que les choses ne pouvaient continuer telles qu'elles &#233;taient, qu'il y aurait forc&#233;ment des changements. De l&#224; &#224; penser qu'une insurrection &#233;tait sur le point d'&#233;clater&#8230; Ceci dit, il nous paraissait clair que l'arrogance des autorit&#233;s fran&#231;aises, s&#251;res, alors de pouvoir conserver la haute main sur tout ce qui se passait en Alg&#233;rie, &#233;tait trompeuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous communistes, ressentiez de la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de ces jeunes nationalistes pr&#244;nant l'insurrection arm&#233;e...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Cela a soulev&#233; chez nous une certaine interrogation. Ce qui ne signifie pas que l'option de la lutte arm&#233;e &#233;tait absente de l'imaginaire des communistes alg&#233;riens. Je me souviens que deux ou trois ans auparavant, cette question avait &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e &#224; huis clos, au bureau politique, comme une possibilit&#233;, sans que cela ne suscite de scandale. Ce n'&#233;tait donc pas un sujet tabou pour nous. Je dois reconna&#238;tre, toutefois, que les communistes observaient une certaine r&#233;serve vis-&#224;-vis de ceux qui voulaient prendre les armes. Il n'y avait pas d'un c&#244;t&#233; les courageux pr&#234;ts &#224; prendre les armes, et de l'autre, les timor&#233;s acceptant le statu quo. C'&#233;tait un choix complexe, difficile, qui ne pouvait souffrir l'improvisation. Si lutte arm&#233;e il devait y avoir, il fallait savoir comment s'y prendre et vers o&#249; aller. Toutes ces questions se posaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur le plan id&#233;ologique, qu'est ce qui distinguait le Parti communiste alg&#233;rien du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Ce qui nous diff&#233;renciait, c'&#233;tait peut-&#234;tre l'importance que les communistes attachaient &#224; la bataille politique. Les nationalistes portaient peu d'attention &#224; l'id&#233;e d'unification des forces progressistes par del&#224; leurs diff&#233;rences, pour rassembler les masses populaires, pour faire avancer les choses. Certaines de nos batailles, pour la libert&#233; de la presse, pour l'augmentation des salaires, etc. apparaissaient secondaires aux yeux des nationalistes qui, pour ainsi dire, les m&#233;prisaient. Nous accordions au contraire beaucoup d'importance &#224; ce type de batailles, pas seulement pour les changements concrets qu'elles apportaient. Pour nous ces luttes participaient &#224; la prise de conscience des travailleurs et pr&#233;paraient un combat futur plus vaste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Nos militants &#233;taient des ouvriers, des gens exploit&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCA&lt;/span&gt; &#233;tait un creuset au sein duquel se retrouvaient des hommes et des femmes issus de toutes ces communaut&#233;s qui vivaient s&#233;par&#233;ment dans la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne. On y retrouvait, ensemble, des Europ&#233;ens, des juifs, des musulmans... Cela influen&#231;ait-il votre vision du monde, votre projet de soci&#233;t&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Oui. Il est certain que l'id&#233;e internationaliste &#233;tait primordiale dans l'engagement des communistes. Avant d'&#234;tre Arabe, Kabyle, Europ&#233;en, juif, musulman, nos militants &#233;taient des ouvriers, des travailleurs, des gens exploit&#233;s. C'&#233;tait cela l'essentiel &#224; nos yeux. Peut-&#234;tre cette vision des choses a-t-elle conduit certains camarades &#224; minimiser l'exp&#233;rience concr&#232;te du colonialisme propre aux Alg&#233;riens dits &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;indig&#232;nes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Une personne n&#233;e dans une famille &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;indig&#232;ne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avait bien plus de raisons de se lever contre le colonialisme qu'une personne d'origine europ&#233;enne jamais brim&#233;e et insult&#233;e comme l'&#233;taient les Alg&#233;riens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;taient vos relations avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment les communistes alg&#233;riens ont-ils accueilli, par exemple, le vote des pouvoirs sp&#233;ciaux &#224; Guy Mollet&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; A la v&#233;rit&#233;, sur le coup, nous ne nous en sommes pas beaucoup pr&#233;occup&#233;s. M&#234;me dans les prisons, je n'ai pas le souvenir de controverses sur ce sujet. Pas plus chez des communistes que chez des nationalistes. Les plus politis&#233;s pouvaient conclure que c'&#233;tait une erreur fondamentale. D'autres &#233;taient en attente d'explications. Mais les r&#233;actions virulentes sont venues bien plus tard. &#192; la v&#233;rit&#233;, sur le coup, nous ne nous en sommes pas beaucoup pr&#233;occup&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.test.lepcf.fr/local/cache-vignettes/L275xH183/spipphpactionacc-d8b2fa84-7a555.jpg?1750011959' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est constitu&#233; ce que l'on a appel&#233; le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;maquis rouge&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Le parti, au d&#233;marrage de la lutte arm&#233;e, s'est pos&#233; la question de son action. L'id&#233;e &#233;tait d'apporter notre appui partout o&#249; l'action arm&#233;e prenait un caract&#232;re de masse, partout o&#249; des paysans avaient rejoint l'insurrection. Ensuite, nous avons pris la d&#233;cision de d&#233;clencher nous-m&#234;mes la lutte arm&#233;e l&#224; o&#249; nos forces le permettaient, o&#249; nous avions des chances d'entra&#238;ner les gens avec nous. C'est ainsi que des communistes ont pris le maquis. Mais au vu de la faiblesse de nos effectifs, cela ne pouvait &#234;tre un mot d'ordre g&#233;n&#233;ral. D'o&#249; la d&#233;cision de n&#233;gocier l'int&#233;gration de nos groupes arm&#233;s, les Combattants de la libert&#233;, dans l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ALN&lt;/span&gt;. &#192; ce moment l&#224;, nous nous sommes heurt&#233;s aux positions &#233;troites de certains dirigeants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;, qui estimaient que les communistes n'avaient pas &#224; poser leurs conditions. L'int&#233;gration &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ALN&lt;/span&gt; s'est donc faite &#224; titre individuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt; &#233;tait-il hostile &#224; l'entr&#233;e du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCA&lt;/span&gt; dans le Front comme composante &#224; part enti&#232;re du mouvement de lib&#233;ration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Ils ne voulaient pas en entendre parler&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Ils voulaient rester les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;patrons&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, imposer leurs conditions &#224; tous ceux qui souhaitaient rejoindre l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ALN&lt;/span&gt;, communistes ou non. Ceci dit, nous ne nous faisions pas d'illusion. Ces nouveaux dirigeants se m&#233;fiaient particuli&#232;rement des communistes, vus comme des militants organis&#233;s, form&#233;s, capables d'exprimer leurs id&#233;es. D&#232;s le d&#233;part, cette m&#233;fiance &#233;tait bien enracin&#233;e chez certains dirigeants du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette m&#233;fiance vis-&#224;-vis des communistes a-t-elle continu&#233; &#224; pr&#233;valoir apr&#232;s l'ind&#233;pendance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Dans d'autres conditions, oui. Je le pense. Parce que les choses avaient chang&#233; pendant la guerre. Dans la pratique, l'anticommunisme avait recul&#233;, ce qui nous rendait d'autant plus dangereux aux yeux de certains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce pour cette raison que Ben Bella a interdit le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCA&lt;/span&gt; en novembre 1962&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Il ne s'agissait pas seulement de Ben Bella. Le r&#233;gime naissant ne voulait pas de communistes organis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, cette interdiction n'a pas compromis la reparution d'Alger r&#233;publicain &#224; l'ind&#233;pendance&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Nous nous sommes battus pour r&#233;ussir &#224; faire repara&#238;tre le journal. Au moment de la signature des accords d'Evian, j'&#233;tais &#224; Prague. Je voulais repartir le plus vite possible &#224; Alger, former une &#233;quipe de camarades qui sortaient de prison pour travailler &#224; la reparution du journal. Les accords d'Evian pr&#233;voyaient le r&#233;tablissement de la libert&#233; de la presse. Tous les journaux devaient donc pouvoir sortir librement. Mais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;tous les journaux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dans l'esprit du gouvernement fran&#231;ais, cela signifiait les journaux colonialistes. &#192; Prague, nous avons organis&#233; une conf&#233;rence de presse, &#224; laquelle ont assist&#233; une soixantaine de correspondants de la presse internationale, pour annoncer notre intention de faire repara&#238;tre Alger R&#233;publicain. Peu de temps apr&#232;s cette conf&#233;rence de presse, j'ai re&#231;u la visite d'un &#233;missaire, charg&#233; de me faire part de la d&#233;sapprobation des fr&#232;res de Tunis, hostiles &#224; la reparution du journal. Je lui ai r&#233;pondu qu'il s'agissait d'une d&#233;cision collective et qu'il &#233;tait impensable d'entraver la reparution d'un journal interdit par les colonialistes depuis 1955. Les autorit&#233;s fran&#231;aises n'&#233;taient pas en reste. Par voie de communiqu&#233;, le pr&#233;fet d'Alger a rappel&#233; de fa&#231;on mensong&#232;re qu'Alger r&#233;publicain demeurait interdit. &#192; la v&#233;rit&#233;, la d&#233;cision venait d'en haut, du gouvernement fran&#231;ais et sans doute du g&#233;n&#233;ral De Gaulle lui-m&#234;me. Cela n'a pas entam&#233; notre d&#233;termination. Bien au contraire. Je suis rentr&#233; &#224; Alger vers le 10 ou le 12&#160;juillet. Nous n'aurions pas pu faire revivre Alger r&#233;publicain sans la solidarit&#233; et l'aide pratique de nos camarades, de nos amis de La Marseillaise, dont le directeur &#233;tait un pied-noir de Mostaganem, parti en France assez jeune. C'est l&#224; que nous avons fait la composition. Les ouvriers du livre nous en ont fait cadeau, en travaillant gracieusement. Un probl&#232;me se posait pour l'envoi des flans &#224; Alger, ou devait &#234;tre tir&#233; le plomb. Nous avons tir&#233;s quatre ou cinq flans. Nous en avons remis un &#224; Air France, qui n'est jamais arriv&#233; &#224; destination. La m&#234;me m&#233;saventure s'est reproduite avec Air Alg&#233;rie. Finalement, un copain qui sortait de prison et devait rentrer &#224; Alger a cach&#233; un flan empaquet&#233; dans sa valise. On se faisait un sang d'encre. Arriv&#233; &#224; Alger, au contr&#244;le, il est pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait le premier journal anticolonialiste &#224; repara&#238;tre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Oui. D&#232;s sa reparution, le journal a re&#231;u un accueil extraordinaire. Il y avait aussi El Moudjahid, qui arrivait de Tunis, mais ce n'&#233;tait pas encore un quotidien. Echaab (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;le Peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;), est sorti trois mois apr&#232;s nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui se trouvait dans l'&#233;quipe au moment de cette reparution&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Il y avait quelques camarades revenus de France. Comme Nicolas Zannettacci, surnomm&#233; Zanett, l'ex-maire communiste d'Oran. Il avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, expuls&#233; pendant la guerre. D&#232;s qu'on a lanc&#233; un appel aux anciens, il est revenu. Abdelhamid Benzine sortait des camps. Il y avait encore Marylise Bena&#239;m qui sortait de la clandestinit&#233;. Elle avait servi d'agent de liaison entre la direction du parti et le maquis de Maillot. Le journal, c'est un grand mot. Nous avions deux pages, un simple recto verso. Pour les informations internationales, les seules sources &#233;taient United Press et France-Presse. Ces agences ne partageaient pas nos id&#233;es, loin de l&#224;, mais d'un point de vue confraternel, ils &#233;taient heureux de voir repara&#238;tre le journal. Ils admiraient notre engagement. &#192; l'&#233;poque, il n'y avait que les t&#233;lex, nous nous rendions dans leurs bureaux pour prendre les doubles des d&#233;p&#234;ches. Ils faisaient semblant de ne pas s'en apercevoir. On les ramenait &#224; l'H&#244;tel Albert I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;, o&#249; nous &#233;tions install&#233;s. Marylise &#233;tait une militante courageuse, une jeune femme pleine de vie. En pleine nuit, dans Alger livr&#233;e &#224; l'ins&#233;curit&#233;, elle allait chercher les d&#233;p&#234;ches. Un soir, des types, voyant cette jeune femme de type europ&#233;en, se sont mis &#224; hurler, l'accusant d'appartenir &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OAS&lt;/span&gt;. Ils se sont pr&#233;cipit&#233;s sur elle, l'ont &#224; moiti&#233; &#233;trangl&#233;e. Elle a protest&#233;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;je suis d'Alger R&#233;publicain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Entendant cela, ses agresseurs se sont excus&#233;s, l'ont escort&#233;e jusqu'&#224; l'h&#244;tel et lui ont m&#234;me propos&#233; de l'accompagner chaque fois que n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi n'avez-vous pas r&#233;investi les locaux du journal, de l'autre c&#244;t&#233; de l'avenue Pasteur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Nos locaux avaient &#233;t&#233; confisqu&#233;s pendant la guerre par &lt;i&gt;Le Bled,&lt;/i&gt; le journal des paras. Lorsque nous avions voulu nous y r&#233;installer, un type install&#233; l&#224;, se disant envoy&#233; par Tunis, nous a signifi&#233; avec un grand sourire que les lieux ne nous appartenaient plus, qu'ils &#233;taient d&#233;sormais r&#233;serv&#233;s au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FLN&lt;/span&gt;. C'&#233;tait incroyable. La guerre venait de se terminer, ils n'&#233;taient pas encore en Alg&#233;rie et leur premi&#232;re id&#233;e, c'&#233;tait d'occuper les locaux d'Alger r&#233;publicain pour qu'on ne puisse pas s'y installer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la v&#233;rit&#233;, Je craignais beaucoup qu'on ne nous joue un mauvais tour. Lorsque j'avais annonc&#233; le projet de reparution du journal, l'&#233;missaire de Tunis m'avait dit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Tu sais, Henri, on t'aime bien, alors il faut que tu saches que pendant la guerre, il y a eu beaucoup d'ex&#233;cutions pour raison d'Etat et malheureusement, &#231;a va continuer encore un peu apr&#232;s l'ind&#233;pendance&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La menace &#233;tait claire, directe. Si nous nous ent&#234;tions, ils n'excluaient pas de nous liquider. J'en &#233;tais plus conscient, me semble-t-il, qu'Abdelhamid&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdelhamid Benzine.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans un premier temps, nous &#233;tions all&#233;s, tous les deux, dormir dans un appartement appartenant &#224; des amis. Moi, je ne m'y sentais vraiment pas &#224; l'aise. Je n'ai pas voulu y rester, donc nous sommes all&#233;s &#224; l'h&#244;tel, en plein centre-ville. L&#224;, s'il se passait quoi que ce soit, il y avait des t&#233;moins. Nous avons pris la bonne d&#233;cision&#160;: le lendemain de notre d&#233;part, des types en uniforme ont enfonc&#233; la porte et mis l'appartement sans dessus dessous. Impossible de savoir s'il s'agissait de Fran&#231;ais ou d'Alg&#233;riens. En tous cas, ils &#233;taient venus chercher quelqu'un. Lorsque nous nous sommes install&#233;s &#224; l'h&#244;tel, des rafales de mitraillette ont vis&#233; nos fen&#234;tres &#224; plusieurs reprises. Sur le plan administratif aussi, il y a eu des entraves. Le patron de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNEP&lt;/span&gt;, l'imprimerie, Bouchara, un pied noir aux ordres de Paris, un beau salaud, exigeait un papier officiel, une autorisation de reparution, alors que l'administration &#233;tait compl&#232;tement d&#233;sorganis&#233;e. Je suis all&#233; &#224; la pr&#233;fecture. Je suis entr&#233; dans le bureau du pr&#233;fet, auquel j'ai fait signer une autorisation que j'avais moi-m&#234;me &#233;crite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, sans en chasser le type post&#233; l&#224;, nous nous sommes r&#233;install&#233;s dans nos locaux pour pouvoir faire notre journal sans avoir &#224; traverser l'avenue Pasteur, tr&#232;s dangereuse. Nous restions dans le couloir, pour ne pas &#234;tre expos&#233;s aux balles. C'&#233;tait dr&#244;le, cette r&#233;daction&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Nous n'avions pas de chaises, nous faisions nos r&#233;unions assis par terre en tailleur. A l'heure des repas, un des copains allait jusqu'&#224; la rue de Tanger et revenait avec une casserole de loubia&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rago&#251;t de haricots.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Malgr&#233; cette pr&#233;carit&#233;, malgr&#233; les difficult&#233;s et le danger, nous avons r&#233;ussi &#224; faire rena&#238;tre le journal, qui a rencontr&#233; un &#233;cho incroyable. Nous tirions 80 &#224; 90 000 exemplaires, ce qui rendait d&#233;licate la t&#226;che de ceux qui esp&#233;raient nous faire taire. Mais nous avons connu bien des m&#233;saventures, comme l'assassinat d'un chauffeur qui transportait le journal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel &#233;tait le climat &#224; Alger&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; L'inqui&#233;tude dominait. Des rivalit&#233;s de pouvoir opposaient des clans, des wilaya, avec un vrai risque de basculement dans la guerre civile. De notre c&#244;t&#233;, nous disions&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Assez de bagarres entre patriotes, d'abord la paix et la mise en marche du pays&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Nous refusions de voir les divergences internes d&#233;g&#233;n&#233;rer en violence arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque ceux de la wilaya 4, militairement plus forte que la zone autonome d'Alger, ont commenc&#233; &#224; jouer du coup de feu dans la Casbah, il s'est pass&#233; quelque chose d'extraordinaire. Les femmes sont descendues dans la rue Randon. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Tirez sur nous si vous voulez, mais cessez de vous tirer dessus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Arr&#234;tez le massacre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Sept ans, barakat, &#231;a suffit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, criaient-elles. Ces femmes avaient un sentiment politique bien plus &#233;lev&#233; que ceux qu'elles interpellaient.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_649 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.test.lepcf.fr/local/cache-vignettes/L275xH183/spipphpactionacc-3e299870-0e1d2.jpg?1750011959' width='275' height='183' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De nombreux Alg&#233;riens estiment, cinquante ans apr&#232;s, que les promesses de l'ind&#233;pendance se sont envol&#233;es. Partagez-vous cet avis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Henri Alleg.&lt;/strong&gt; Je crois qu'il est dangereux de penser ainsi. C'est le refus total de voir ce que l'ind&#233;pendance a apport&#233; &#224; l'Alg&#233;rie. On ne peut pas dire que les choses n'ont pas chang&#233;. On ne peut pas dire que l'ind&#233;pendance n'a rien apport&#233; aux Alg&#233;riens. Bien s&#251;r, la jeunesse rencontre de graves difficult&#233;s, des choses doivent &#234;tres chang&#233;es, des luttes devront encore &#234;tre men&#233;es. Mais l'ind&#233;pendance reste pour l'Alg&#233;rie une conqu&#234;te historique inestimable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien r&#233;alis&#233; par Rosa Moussaoui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait d'un num&#233;ro hors-s&#233;rie de l'Humanit&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Alg&#233;rie, 50 ans d'ind&#233;pendance&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; publi&#233; en mars 2012.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdelhamid Benzine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rago&#251;t de haricots.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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