Face au méga-feu de Gironde, une question essentielle : qu’est-ce que défendre un pays ?

, par  Jean-Paul Legrand , popularité : 35%

LA PREMIÈREFENSE D’UNE NATION, C’EST LA PROTECTION DE SON PEUPLE

Le méga-feu qui ravage la Gironde en juillet 2026 rappelle une évidence que les discours officiels sur la défense nationale ont trop souvent tendance à oublier : la première mission d’un État est de protéger sa population.

Des dizaines de milliers d’hectares de forêt détruits, des populations évacuées, des milliers de pompiers et de personnels mobilisés avec des victimes dont 3 décès à déplorer, des entreprises détruites : cette catastrophe montre que la sécurité d’un territoire dépend d’abord de moyens humains, d’une organisation collective et de services publics capables d’agir rapidement.

Face à un tel incendie, ce ne sont pas les grands contrats d’armement qui protègent directement les habitants. Ce sont les sapeurs-pompiers, les services de secours, les personnels hospitaliers, les agents publics, les infrastructures routières, les systèmes d’alerte et les capacités de prévention.

Cette réalité pose une question fondamentale : qu’est-ce que défendre un territoire au XXIᵉ siècle ?

Est-ce consacrer toujours davantage de milliards à une industrie de surarmement dominée par de grands groupes industriels, ou est-ce garantir les moyens nécessaires pour que la population puisse vivre en sécurité face aux crises ?

Une véritable politique de défense doit partir des besoins du peuple.

LES CATASTROPHES CLIMATIQUES SONT AUSSI DES QUESTIONS DEFENSE NATIONALE

Le méga-feu de Gironde n’est pas un événement isolé. Les incendies géants, les sécheresses, les inondations et les crises sanitaires montrent que les menaces contemporaines ne prennent pas uniquement la forme de conflits militaires.

Un seul incendie majeur exige déjà une mobilisation exceptionnelle : moyens aériens, milliers d’intervenants, capacités médicales, évacuations, surveillance du territoire.

Il faut alors imaginer ce que représenterait une situation de conflit conventionnel provoquant simultanément des destructions d’infrastructures, des incendies industriels, des attaques sur des réseaux essentiels et plusieurs foyers de catastrophe.

La capacité d’un pays à résister dépendrait alors autant de sa sécurité civile que de ses forces armées.

C’est pourquoi la prévention des incendies doit être considérée comme une mission stratégique :
 entretien public et durable des forêts (les gouvernements successifs ont réduit les effectifs de l’Office national de forêts) ;
 débroussaillage ;
 surveillance des zones à risques ;
 maintien d’une présence humaine dans les territoires ruraux ;
 renforcement des effectifs et des moyens des pompiers (nette insuffisance du nombre de Canadairs) ;
 planification nationale de prévention.

Prévenir une catastrophe, c’est déjà défendre le pays.

LAFENSE DU TERRITOIRE NE PEUT PAS ÊTRE CONFONDUE AVEC LA COURSE AUX ARMEMENTS

La France prévoit 413 milliards d’euros pour ses armées dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2024-2030.

Ces choix répondent à des enjeux internationaux réels. Mais une question politique demeure : quelles sont les priorités d’une nation ?

Une partie importante de l’industrie militaire repose sur de grands groupes privés dont l’activité dépend largement des commandes publiques. Les lobbys capitalistes du surarmement poussent les Etats à la course irrationnelle pour s’équiper toujours plus d’armement qui augmentent la dangerosité et les risques de guerre et conduisent les gouvernements à s’engager dans des voies privilégiant les conflits plutôt que la diplomatie. C’est l’une des raisons qui rend l’impérialisme de plus en plus agressif et conduit ses dirigeants à provoquer le maximum de conflits dans le monde. Le développement permanent des dépenses d’armement constitue un marché à forte rentabilité du capital qui favorise les placements capitalistes mais au détriment des dépenses publiques civiles, du développement économique de la plupart des nations non impérialistes et d’une véritable sécurité des populations.

Cette situation pose la question du rôle de l’État : doit-il orienter prioritairement la richesse produite vers les secteurs répondant aux intérêts économiques des capitalistes des grands groupes, ou vers les besoins collectifs de la population ?

La défense d’un pays ne peut être réduite à la défense d’un appareil industriel d’armement. Elle doit être la défense des conditions d’existence du peuple.

LES SERVICES PUBLICS SONT LES PREMIÈRES INFRASTRUCTURES DEFENSE

Un pays fragilisé dans ses services publics est un pays fragilisé dans sa capacité de résistance.

Les hôpitaux, les services d’urgence, les transports, l’énergie, l’éducation, la recherche et les administrations constituent des infrastructures stratégiques.

La pandémie de Covid-19 a démontré qu’une crise pouvait désorganiser profondément une société sans agression militaire.

Les incendies géants démontrent aujourd’hui que la capacité de réaction dépend directement des moyens disponibles.

Pour une conception populaire de la défense nationale, les services publics ne sont pas une dépense : ils sont une force collective vitale !

INFRASTRUCTURES : UN PAYS NE SEFEND PAS AVEC DES PONTS EN RUINE

Les routes, les ponts, les réseaux d’eau, d’énergie et de communication sont indispensables à la continuité du pays.

Les alertes répétées sur l’état des ponts français montrent les conséquences d’années de sous-investissement dans l’entretien du patrimoine collectif.

Un pont fragilisé, une route coupée ou un réseau défaillant peuvent empêcher les secours d’intervenir et isoler des populations. Des chars qui se déplaceraient sur tout le territoire ne pourraient pas aujourd’hui emprunter certains ponts en raison de leur vétusté.

La défense du territoire passe donc aussi par la reconstruction et l’entretien des infrastructures publiques.

LA SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE : UNE NOUVELLE FRONTIÈRE DE L’INDÉPENDANCE

La défense moderne se joue également dans l’espace numérique.

Les hôpitaux, les transports, l’énergie, l’industrie, les administrations et l’économie dépendent désormais de réseaux informatiques.

Mais cette souveraineté numérique est aujourd’hui limitée par une forte dépendance envers de grands groupes technologiques étrangers, notamment états-uniens , qui dominent les logiciels, les infrastructures cloud et une grande partie des technologies d’intelligence artificielle.

Ces entreprises sont soumises au droit des Etats-Unis et peuvent être concernées par les orientations politiques de Washington comme on l’a vu dernièrement avec des interdictions commerciales de composants électroniques imposées par Trump pour sanctionner la Chine.

Cela pose une question fondamentale : peut-on être réellement souverain lorsque les outils numériques essentiels au fonctionnement du pays dépendent d’acteurs privés étrangers ?

Une politique d’indépendance numérique doit donc développer :
 des infrastructures maîtrisées ;
 des logiciels sécurisés ;
 une recherche publique forte ;
 une industrie nationale du numérique ;
 des compétences formées sur le territoire.

INDUSTRIE, RECHERCHE, IA ET ROBOTIQUE : PRODUIRE POUR RESTER LIBRE

La souveraineté nationale repose aussi sur la capacité à produire et de posséder une industrie nationale.

La désindustrialisation a rendu le pays dépendant dans de nombreux secteurs stratégiques : métallurgie, composants électroniques, technologies numériques, équipements industriels ou produits sanitaires.

Une nation qui ne maîtrise plus ses moyens de production perd une partie de sa capacité de décision.

La défense du XXIᵉ siècle exige donc :
 une politique industrielle publique ;
 le développement de filières stratégiques ;
 un effort massif dans la recherche ;
 la formation scientifique ;
 la maîtrise de l’intelligence artificielle et de la robotique.

L’école, l’université et les laboratoires sont aussi des instruments de souveraineté.

AUTONOMIE STRATÉGIQUE ET ALLIANCES MILITAIRES

Les forces armées modernes fonctionnent dans un environnement d’interdépendance, notamment au sein de l’OTAN. Les États membres partagent des normes, des procédures, des systèmes de communication et des structures de planification.

Cela pose la question de l’autonomie stratégique réelle lorsque certaines capacités dépendent d’architectures collectives ou de technologies contrôlées par des puissances alliées dont la plus importante et aujourd’hui la moins fiable qui est celle des Etats-Unis.

La souveraineté ne signifie pas l’isolement. Elle signifie la capacité à décider librement, à produire les moyens essentiels et à conserver une marge d’action indépendante. La sortie de la France de l’OTAN est une exigence d’indépendance nationale et doit s’accompagner d’une politique de défense civile et militaire autonome fondée sur la réindustrialisation du pays et le développement des services publics.

FENDRE LE TERRITOIRE, C’ESTFENDRE LE PEUPLE

Le méga-feu de Gironde rappelle une vérité essentielle : la première défense d’un pays est celle de sa population.

Défendre le territoire ne consiste pas à consacrer toujours plus de milliards au surarmement pendant que les capacités civiles de prévention et de protection s’affaiblissent gravement.

La véritable défense nationale repose sur des services publics puissants, une sécurité civile efficace, des infrastructures entretenues, une industrie indépendante, une recherche développée et une souveraineté numérique réelle.

Une nation ne tient pas seulement par ses armes. Elle tient par son peuple, son travail, ses connaissances et sa capacité collective à maîtriser son avenir.

La défense nationale doit avoir pour priorité non pas la protection des profits capitalistes, mais la protection de celles et ceux qui quotidiennement font vivre le pays.

L’incendie du parlement de William Turner

Jean-Paul LEGRAND

27/07/2026

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