Les milliardaires en campagne
Le banquier Pigasse se voit en Che par Bernard Frederick

, par  Bernard Frederick , popularité : 3%

Matthieu Pigasse, ancien de la banque Lazard et actuellement à la tête de la filiale France de la banque d’affaires états-unienne Centerview, propriétaire de Radio Nova et des Inrockuptibles, actionnaire du Huffington Post et de la société de production Mediawan (C à vous, C dans l’air, etc.) a des vues sur la présidentielle 2027.

Il se « tient prêt », « n’écarte aucune hypothèse », « est à la disposition de la gauche » et se démultiplie dans les médias pour le faire savoir. Oui, il se verrait bien candidat « de la gauche ». Mais pas la gauche molle d’un Glucksmann. Pas de la gauche folle d’un Mélenchon. Non, Pigasse est un rrrrévolutionnairrre. Il se voit en Che.

En Che, ça tombe bien, grâce à Trump il vient d’obtenir pour Centerview le très juteux contrat de la restructuration de la dette du Venezuela. Selon l’agence américaine Bloomberg, le contrat prévoirait des honoraires fixes de 750 000 dollars par mois, assortis d’une commission de succès équivalente à 0,1 % du montant total de la dette restructurée. Vu l’ampleur de celle-ci, la rémunération de Centerview pourrait donc se situer entre 170 et 240 millions de dollars. À titre de comparaison, quand Pigasse avait restructuré, pour Lazard, la dette grecque en 2012, la plus grande restructuration souveraine de l’Histoire (209 milliards d’euros), la banque avait facturé environ 25 millions de dollars.

Bon, il n’y a pas de petit profit pour qui sait y faire. Pigasse a été aperçu à la projection privée, fin janvier à la Maison Blanche, du documentaire Melania, à la gloire de la première dame des États-Unis, en compagnie de Donald Trump, du boxeur Mike Tyson et du patron d’Apple, Tim Cook. Que des révolutionnaires !

Restructurations de dettes et fusions acquisitions, sont les dadas du banquier. Conseiller de Dominique Strauss-Kahn au ministère de l’Économie puis de son successeur Laurent Fabius, passé chez Lazard en 2002. En 2007, il a participé à la fusion entre les groupes Suez et GDF (Gaz de France), qui aboutit à la privatisation de GDF, entreprise publique historique depuis la Libération. La fusion a depuis supprimé des milliers d’emplois. Il est mouillé dans la fusion entre la Banque populaire et la Caisse d’épargne en 2011. Il participe au rachat de Darty par la Fnac, en 2016.

Matthieu Pigasse est aussi vite incontournable dans les crises des dettes publiques, en particulier la crise de la dette grecque mais il intervient aussi en Argentine, en Ukraine, en Équateur, au Congo et maintenant au Venezuela. Partout les financiers du Nord viennent se gaver sur le dos d’États du Sud ruinés par les pratiques néocoloniales.

Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que Matthieu Pigasse est un gentil banquier humaniste prêt à sauver la gauche. On parle d’un « Bolloré de gauche ». Il est invité à la Fête de l’Huma où il dialogue avec le directeur du journal. Dans les médias, on le présente comme un « banquier de gauche », « le banquier qui veut taxer les riches », ou encore un banquier… « contre le capitalisme » (sic). Lui se fait chantre de la « bataille culturelle » contre l’extrême droite. Ce qui est certain c’est que le « Bolloré de gauche » est un capitaliste comme les autres. Que pour lui, les affaires passent avant tout sentiment. Qu’il plumera le peuple vénézuélien comme il a plumé Grecs et Argentins. Qu’il jettera les collaborateurs de Radio Nova quand il jugera qu’ils ne lui sont plus utiles comme ça s’est passé aux Inrockuptibles.

Quel rôle sera en définitive celui de Pigasse en 2027 ? Il y a sans doute des gens pour tirer des plans sur la comète. Lui-même mais pas seulement. La présidentielle de 2027 se joue pour le moment dans le brouillard. Pigasse n’y apporte aucune clarté, au contraire. Si comme d’autres avant lui dans l’histoire, il veut enjamber la lutte des classes, il est mal servi par son CV et sa dernière aventure - unique candidat à la reprise du fabricant de pâte à papier Fibre Excellence, nous fait songer à n’importe quel Tapie plutôt qu’à un stratège de la Révolution.

Mais attention : dans les mains de certaines gens, Pigasse peut être dangereux pour la démocratie, au moins autant que Macron l’a été, et se faire l’écuyer des Le Pen-Bardella, qu’il affirme vouloir combattre.

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