Bernard, nous avons connu des moments si forts...

, par  Lafleur

Le 15 juillet à 16:23, par Lafleur En réponse à : Bernard, nous avons connu des moments si forts...

Contribution fraternelle au débat communiste

Cher Bernard,

Je voudrais réagir fraternellement à ton texte. Chacun connaît et respecte ton engagement communiste. C’est justement parce que le débat dépasse nos personnes qu’il me semble important de discuter des orientations proposées face à la montée de l’extrême droite.

Je partage ton inquiétude devant la progression du RN. Mais je ne partage pas l’idée selon laquelle le 40ᵉ Congrès reproduirait « la faute tragique du Parti communiste allemand ».

Une analyse matérialiste et dialectique ne procède jamais par analogies. Comme le rappelait Lénine, elle exige toujours une analyse concrète d’une situation concrète. La République de Weimar n’est pas la France de 2027.

La victoire d’Hitler ne s’explique pas par la seule absence d’une candidature commune. Elle résulte de la crise du capitalisme allemand, du soutien d’une partie décisive de la bourgeoisie au nazisme, de l’effondrement des institutions et des divisions du mouvement ouvrier. Les communistes allemands furent les premières victimes du nazisme. On oublie aussi qu’ils proposèrent à plusieurs reprises un front unique de lutte contre le fascisme, refusé par une direction du SPD qui continuait à considérer le communisme comme son principal adversaire. Comparaison n’est donc pas raison.

Mais le principal désaccord est ailleurs.

Le marxisme nous enseigne que l’analyse doit partir des rapports de production et de la lutte des classes, non des seules configurations électorales.

Depuis quarante ans, alternances de droite et de gauche ont accompagné la désindustrialisation, la financiarisation, l’affaiblissement du monde du travail, le recul des services publics et de la souveraineté populaire au profit des marchés financiers, de la Commission européenne et des logiques de l’OTAN. C’est ce processus qui nourrit aujourd’hui la progression du RN.

La question décisive devient alors celle de la conscience de classe.

Le RN détourne la colère populaire vers des explications identitaires et nationalistes sans remettre en cause le pouvoir du capital. Le populisme de gauche, de son côté, substitue souvent l’opposition entre « le peuple » et « les élites » à l’analyse des rapports entre capital et travail. Dans les deux cas, la contradiction fondamentale est déplacée : c’est ce que le marxisme appelle la fausse conscience.

Clouscard avait montré comment les nouvelles formes idéologiques du capitalisme fragmentaient les classes populaires. Losurdo dénonçait « l’autophobie communiste » qui conduit à renoncer au socialisme. Michael Parenti rappelait que les contre-révolutions modernes mobilisent volontiers la démagogie, le nationalisme ou le communautarisme pour désarmer politiquement les travailleurs.

C’est précisément pourquoi je crois que le 40ᵉ Congrès ouvre une perspective différente.

Il ne refuse pas l’unité d’action contre l’extrême droite. Il refuse que l’effacement politique du Parti communiste tienne lieu de stratégie. Il affirme qu’aucune majorité populaire durable ne pourra être reconstruite sans un projet communiste clairement identifié.

Le véritable débat n’est donc pas celui de l’union ou de la division. Il est celui de la reconstruction d’une conscience de classe.

Les stratégies successives d’union de la gauche, du Programme commun au NFP, n’ont pas empêché l’affaiblissement du mouvement ouvrier ni la progression continue du Front national puis du Rassemblement national. Répéter aujourd’hui les mêmes recettes sans en tirer le bilan me paraît peu conforme à une démarche dialectique.

Reconquérir les millions de travailleurs, d’ouvriers, d’employés, de techniciens, de paysans et d’abstentionnistes suppose davantage qu’une coalition électorale. Cela suppose une perspective historique : un socialisme démocratique fondé sur la réindustrialisation, la planification démocratique, la maîtrise publique de l’énergie, les services publics, la souveraineté populaire face aux marchés financiers, à la bureaucratie de Bruxelles et aux logiques de l’OTAN, ainsi qu’une coopération internationale fondée sur la paix et le respect des peuples.

Le fascisme ne recule jamais durablement par les seules combinaisons électorales. Il recule lorsque les classes populaires retrouvent confiance dans leur capacité à transformer la société.

C’est pourquoi je crois que le 40ᵉ Congrès ne renonce pas à combattre le RN. Il réaffirme au contraire qu’on ne vaincra durablement l’extrême droite qu’en reconstruisant une conscience de classe et en redonnant au socialisme sa crédibilité comme alternative historique au capitalisme.

Fraternellement.

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